Centre d'accueil pour enfants orphelins

Dans la région de Pondichéry (district de Pondichéry et état du Tamil Nadu) un centre d'accueil pour enfants abandonnés a été créé en 1991 par une jeune indienne. Une première maison a été établie pour héberger des garçons dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans un village sis au milieu d’une campagne verdoyante. En 2018, un foyer pour enfants gitans, APRES HOME, est intégré au centre.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient ce centre depuis 2005.

mercredi 16 juin 2021

Une troisième vague de Covid-19 à Pondichéry ?

Aujourd'hui, 16 juin 2021, nous avons reçu des nouvelles d'Alice. Et ces nouvelles ne nous portent pas à un grand optimisme. Une troisième vague de l'épidémie est annoncée pour l'été et la population vit dans un profond désespoir comme on peut le voir sur le message d'Alice :

Some families are calling us regularly to send their children  they say life is more precious  if we have to die we will die as a family together.

Des familles nous appellent régulièrement pour reprendre leurs enfants. Ils disent la vie est précieuse et si nous devons mourir, nous voulons mourir tous ensemble en famille.

Pourtant d'après les sites indiens, actuellement la situation face à la pandémie semble s'améliorer et les indicateurs sont à la décroissance : 6 décès pour la journée d'hier et 400 nouveaux cas.

Évolution des contaminations ((Territoire de Pondichéry))

Évolution des décès (Territoire de Pondichéry)

Propagation cumulée de l'épidémie (Territoire de Pondichéry)

Mais un autre indicateur reste inquiétant. Ce matin, sur les 133 lits de réanimation (ventilation intrusive) dans l'ensemble des hôpitaux de Pondichéry, il n'y en avait plus aucun de libre.

De plus, Alice nous dit que cette deuxième vague touche maintenant des personnes plus jeunes et que plusieurs de ses connaissances entre 25 et 45 ans sont décédées au mois de mai. Sur la route vers la maison des garçons  entre le centre de Pondichéry et Nonakuppam, toutes les petites rues sont fermées et les habitants confinés dans leur maison. À Palayam, où se trouve la maison des filles, de nombreux clusters se sont développés dans le village. Alice s'est séparé provisoirement de tous les employés du foyer qui venaient du village de Palayam (cuisinier, infirmière, surveillantes, etc.) ainsi que de son chauffeur de Nonakuppam.

Et depuis quelques jours, elle a reçu des consignes à appliquer lors de l'arrivée d'une troisième vague que certains prévoient en juillet-août 2021 et qui s'annonce aussi critique que la deuxième (voir l'article "SBI report says third coronavirus wave could be as severe as the second" sur le site de l'Economic Times ou "Third Covid wave could be as severe as second, but deaths to be less: SBI report" sur le site de l'Hindustan Times). 

Par contre, le fameux rapport SBI prédit que cette troisième vague pourrait cette fois s'avérer critique pour les enfants qui étaient épargnés jusque là. Certains articles scientifiques sont cependant assez prudents avec cette future contamination des enfants. C'est ainsi que le rapport  "Preparing for Covid-19 Part III: Plannings, Protocols and Policy Guidelines for Paeduiatrics" de la commission The Lancet Covid-19 fait un bilan de l'effet de la pandémie sur les enfants dans le monde et en Inde et émet des principes à appliquer lors de l'arrivée de la troisième vague. Un résumé de ce protocole a été transmis à Alice (voir ici). Il met, d'une part, l'accent sur le respect renforcé des gestes barrières, l'hygiène et la nourriture et, d'autre part, signale les principaux symptômes à surveiller.

Alice se demande ce qu'il faut faire. À l'orphelinat, les jeunes de plus de 18 ans ont reçu ou vont recevoir très bientôt leur première dose et les étudiantes infirmières seront totalement vaccinées à la fin du mois de juin. En Inde il n'est pas encore question de vacciner les adolescents ni les enfants, aussi les risques de contamination et d'un éventuel développement de la maladie chez les enfants sont possibles.

Alice est face à un dilemme :

  • renvoyer les enfants dans leurs familles lorsqu'elles existent, sans garantie qu'ils seront soignés correctement tout en fournissant de la nourriture aux familles les plus démunies ;
  • ou garder les enfants avec le risque de voir des clusters se développer rapidement au sein de chacune des maisons et d'avoir des enfants gravement malades.

En attendant de prendre une décision, elle prépare des listes d'enfants à garder, d'autres à renvoyer pour un ou deux mois selon le contexte social et économique des familles. 

Le choix n'est pas facile d'autant qu'un nouveau comité de protection de l'enfance a été établi à Pondichéry et de l'avis d'Alice il ne semble pas montrer une empathie ou une compétence remarquable (voir le message ci-dessous)

Reçu de Pondichéry le 16/6/2021

Bref, aucune aide à tirer de ce coté. Par contre elle reçoit un soutien sérieux et compréhensif de la part de l'officier chargé de la santé du village de Palayam qui lui conseille de renvoyer autant d'enfants qu'il est humainement possible dans leurs familles.

Avec cette deuxième vague, les confinements imposés, l'absence de revenus pour toute la frange de la population qui vit du secteur informel sans aucune protection sociale, à la merci de quelques sporadiques  subsides du gouvernement, c'est une grande partie de l'Inde qui s'enfonce dans la pauvreté et un pays entier dont l'économie sombre (voir article du Monde du 15 juin 2021 "Covid-19 : le grand bond en arrière de l’économie indienne", par Guillaume Delacroix).

Économie d'un pays, mais aussi économie des petits commerçants et artisans. Il y a un jour, c'est notre ami Aroul, notre grand pourvoyeur d'écharpes sur le marché de Pondichéry, qui, entre deux images saintes, nous faisait part de ses difficultés. Pas d'argent, pas de touristes, pas de clients sur son stand qui venait de ré-ouvrir.

Reçu de Aroul le 15/6/2021

 Nous pensons à eux tous. En reprenant les mots simples d'Aroul .. de little better ... en ... little better ... (de petit mieux en petit mieux), le ciel s'éclaircira et la vie reprendra.

Françoise Simonot-Lion