Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

samedi 31 août 2013

Une matinée chez Vazir

 













Le soleil tape déjà fort sur Pondichéry. Ce jour-là, nous avons rendez-vous chez Vazir pour récupérer les objets que nous lui avions commandés. Après un petit trajet dans un rickshaw piloté tel une voiture de formule 1 par son conducteur, nous arrivons à l’atelier de Vazir, auquel nous accédons  par un pas de porte remarquable d’équilibre, puis en escaladant un étroit escalier. 
Vazir avait dit de venir après 10 heures. En bonnes françaises, à 10 heures précises, nous sommes sur place. Dans l’atelier, pas de Vazir. Mais une voix se fait entendre dans la pénombre ; il s’agit d’un de ses employés qui propose d’aller prévenir son patron. Nous acceptons. Il se lève, cherche sa canne à tâtons et nous nous rendons  alors compte  avec stupeur que cet homme qui façonne les objets est aveugle. Malgré notre proposition d’attendre tranquillement dans l’atelier, il part chercher Vazir jouant des mains, de sa canne et de ses oreilles pour se guider dans la petite rue. Le temps s’écoule un peu ; la température continue à monter ; un petit rat se promène sur le mur de l’atelier ; nous sommes en Inde où nous avons eu le temps d’apprendre la patience. Ils arrivent : Vazir boitant, appuyé solidement sur l’épaule de son ouvrier qui ouvre la marche de son pas prudent d’aveugle. Le travail peut commencer. C’est d’abord un petit thé bien sucré et un coup de téléphone à une employée de Vazir qui doit venir emballer les objets.

En attendant, Vazir nous raconte sa vie.
Vazir a été touché par la lèpre à 14 ans alors qu’il était écolier.
Guéri, il a appris la technique du papier mâché et a travaillé dans un atelier de réhabilitation des lépreux à Pondichéry. À 65 ans, la retraite est venue. Sans ressource, sans famille, Vazir a alors monté son propre atelier d’objets en papier mâché. En janvier 2012, le cyclone Thane a dévasté son lieu de travail. Avec l’aide d’amis français et de la directrice de Vudhavi Karangal, il a reconstruit l’atelier. Par ce travail, Vazir fait vivre quatre personnes : l’homme que nous avons déjà rencontré, aveugle, ancien lépreux qui façonne les objets et trois femmes qui les peignent et les polissent.
À l’atelier de Vazir, on fabrique des magnets, mais aussi des petites statuettes. Chaque objet est unique : moulé, peint à la main, emballé soigneusement. Les couleurs sont franches, les traits des personnages ou des animaux sont délicats, le résultat est magnifique.

 Vazir a 74 ans.