Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

samedi 30 août 2014

La maison des filles – Comment avancer dans un monde complexe





Ce jour là, Alice avait une de ses petites filles avec elle ; petite fille ? Après une enquête serrée, il s’avère que cette superbe fillette est la fille d’un ancien pensionnaire de la maison des garçons. Alice considère que tous les garçons et filles de Vudhavi Karangal sont ses enfants … Il s’agit donc bien de sa petite fille.
Nous nous rendons à la maison des filles et bien sûr emmenons avec nous la charmante gamine. Le trajet pour aller à Palayam est toujours un enchantement. Les rizières scintillent, les palmiers ondulent dans le vent moite, nous sinuons sur les petites routes entre rickshaws et chars à bœufs, la petite chantonne. Et c’est toujours la surprise d’arriver dans le superbe patio de cette belle demeure : bois  travaillé, beaux  piliers, plantes  vertes  à foison et accueil des filles tout en sourire. Les grandes viennent de rentrer de l’école toutes pimpantes dans leur uniforme bleu et blanc et maintenant, c’est leçon de chant.

 
Puis ce sera le temps de faire d’apprendre les leçons, de faire les devoirs, de remplir les cahiers.
Actuellement 3 filles sont en cycle pré-universitaire (spécialité commerce).  Une fille est inscrite, après le collège, pour  un an dans  une  formation  professionnelle, avec l’objectif de pouvoir travailler 
par la suite comme vendeuse dans un magasin. Les autres petites sont soit au collège soit dans l’école du village. Enfin, après ses deux ans de pré-université, Ponnarasi (voir plus bas) a intégré une école d’infirmière pour trois ans et demie. Son inscription, cette année, a été financée, en partie, grâce à la générosité du Zonta club de Nancy.
Nous traversons la maison en remarquant quelques nouveaux équipements  au passage  comme une machine à laver. Nous passons  dans  la  cour où  jouent  les  plus  petites  pensionnaires  et allons voir les progrès de l’atelier de couture pour la construction duquel l’antenne de Nancy s’est fortement mobilisée depuis 2013. La maçonnerie  et le toit  du  premier étage sont terminés, ainsi que l’escalier qui, monte pour l’instant sur le toit là où Alice prévoit d’installer une école de massage / maquillage. Portes et fenêtres sont déjà acquises pour les 2 étages. Nous flânons un peu dans le jardin avec Maran, des fillettes, Alice et le chien … Le jardin a du être rétréci pour faire de la place à l’atelier de couture. Mais, sous la pression des fillettes toujours coquettes, Alice préserve un petit coin  de verdure où  poussent des fleurs très  prisées  par  les filles pour  orner leur  chevelure. Dans  la cour,  les fillettes entourent une vieille dame abandonnée qu’Alice a recueillie récemment et qui fait maintenant  partie  de  la  vie  de  la  maison de Palayam.
Les fillettes jouent, se font belles, rêvent ; Maran et le chien fidèle veillent, Alice câline … 







Une tranche de vie dans la maison des filles

 















Dualité entre tradition et modernisme

Deux filles, Ponnarasi et Manju sont sorties de pré-université en mai 2014. Elles sont toutes deux issues de tribus et sans père. Alice avait prévu de leur faire suivre des études paramédicales. Leurs mères ont souhaité les reprendre avec elles pour les marier. Les deux filles se sont  trouvées alors  confrontées  à une situation cruciale : soit elles repartaient avec leur mère, arrêtaient leurs études et faisaient une croix sur toute vie autonome et libre, soit elles continuaient leurs études avec la menace de ne jamais être acceptées comme épouse par un homme de leur tribu, car trop diplômées. Se marier en dehors de la tribu est impensable car elles seraient reniées par la tribu. Alice défend l’autonomie pour filles et garçons, la responsabilité, la liberté pour tous mais Alice comprend le dilemme de ces jeunes filles. Manju est retournée dans sa tribu mais Alice garde un contact étroit avec elle car elle espère que les années passées à Palayam et les  principes  de  vie  qui y  règnent  resteront dans l’esprit  de  Manju  et, qu’un jour, ses enfants raisonneront différemment.
Ponnarasi (sur la photo avec Alice) a courageusement choisi de rester, quitte à ne pas se marier.
Les traditions de la société indienne ont la vie dure. Il n’y a pas longtemps, à Palayam, les intouchables (Dalits) n’avaient pas le droit de traverser le village de nuit et, de jour devaient marcher pieds et torse nus. Leur travail pour la construction des maisons ou les travaux des champs étant indispensable au village, il leur avait été fait des sentiers spéciaux, protégés par de hauts murs, le long des maisons des membres des hautes castes. Alice pourrait étendre la maison et, en particulier, construire un hospice pour les femmes abandonnées, projet qui lui tient à cœur. Les maisons inoccupées et qui menacent de tomber en ruine abondent dans le voisinage mais les propriétaires ne veulent pas vendre à quelqu’un qui héberge des petits intouchables, enfants des tribus ou des basses castes. C’est contraire à la constitution (1955, mais appliquée dans les faits uniquement en 1970) mais il faudra longtemps et la volonté de personnes comme Alice et Maran pour qu’un vrai changement se fasse dans les esprits.

Françoise Simonot-Lion – Agnès Volpi – août 2014