Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante. En 2018, un centre d'hébergement pour enfants de gitans, APRES School, est intégré à Vudhavi Karangal.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

mardi 26 juin 2018

Trois semaines à A.P.R.E.S. School pour Victoria et Brice

Du 25 mai au 16 juin 2018 nous avons eu la chance de vivre une incroyable expérience au cœur de la structure A.P.R.E.S School. 


Cette école est maintenant sous la responsabilité d’Alice et Maran depuis un an environ. Elle a pour particularité d’accueillir en son sein des enfants qui, sans elle, n’auraient pas eu la chance d’être scolarisés, pour la plupart issus des tribus nomades indiennes rejetées par la société. De plus, elle ne se limite pas à une fonction « d’école » mais également de pensionnat. Ce dernier est permanent. En effet, lors de notre arrivée, l’Inde était encore en période de grandes vacances scolaires et pourtant les enfants vivaient bel et bien à A.P.R.E.S, comme s’ils ne quittaient jamais l’établissement.


Bien qu’ils ne soient pas réellement orphelins, ces enfants grandissent seuls, selon les mêmes principes et régis par les mêmes règles que ce que l’on peut voir au sein de la maison des Filles et de celle des Garçons de Vudhavi Karangal. Durant notre séjour, une centaine d’enfants âgés de 5 à 12 ans était scolarisée au sein de l’établissement. Comme dans nos écoles occidentales, ils sont répartis selon leur âge, ici dans 8 classes différentes.

Ainsi, nous allions du lundi au vendredi, de 9h à 16h environ, passer nos journées à A.P.R.E.S.
Lorsque nous arrivions, les enfants étaient déjà en classe depuis peu. Nous passions la matinée à réaliser des tâches pratiques au sein de l’établissement : cueillette de légumes, ouverture de noix de coco, découpage de feuilles de cocotiers, construction d’un mur… Ces matinées de travail furent, malgré la chaleur, un réel plaisir et de vrais moments de partage avec nos « brothers and sisters », comme ils nous appelaient. En effet, les plus grands orphelins (âgés de 14 à 25 ans) résidant  dans la maison des Filles ou dans celle des Garçons venaient, s’ils n’avaient pas cours, aider à la vie quotidienne d’A.P.R.E.S ainsi qu’à l’avancement de son aménagement. Certains s’occupaient de la cuisine et cela sans répit vu le nombre de bouches à nourrir. D’autres se concentraient sur la construction du mur qui devra entourer tout le terrain quand d’autres encore réalisaient des tâches administratives… tous sous les ordres d’un personnel plus âgé qui forçait le respect. Enfin, chaque jour, une quinzaine d’entre eux venaient au sein de l’école pour suivre des sortes de révisions intensives,  menées aussi souvent que possible par un enseignant de l’école.


C’est ainsi que cette école se révéla être un petit monde à part, plein de vie et de diversité, où chacun mène à bien ses activités dans un esprit de tolérance et d’entraide. Une très grande famille.

Nous consacrions ensuite nos après-midis aux enfants. Ces derniers alternent alors entre cours et récréation. A l’extérieur, ils ont la chance de pouvoir s’amuser sur 2 toboggans ainsi qu’une balançoire, source de quelques accidents vu leur énergie et leur nombre !


En outre, ils savent s’amuser de peu ; ils sont créatifs, ce qui leur permet de profiter de tout ce que peut leur offrir la nature. Ainsi, un de leur jeu préféré se joue avec 5 cailloux qui doivent être lancés et récupérés d’une certaine manière… Ne vous y trompez pas, les règles sont précises et élaborées à tel point qu’il nous a fallu plusieurs jours pour les comprendre réellement ! Je vous laisse alors imaginer le bonheur de ces enfants lorsqu’on met à leur disposition du matériel adapté pour jouer. Il arrive en effet qu’une partie de l’après-midi soit réservée à l’éducation physique et c’est à ce moment qu’on peut les voir prendre un énorme plaisir à tirer dans une balle, lancer un frisbee, tenter de sauter à la corde et surtout s’exercer au jeu du cricket, très populaire en Inde.


En classe, on retrouve le même état d’esprit. Les enfants sont avides d’apprendre, fiers d’être capables de répondre à la question de la maîtresse. Bien que très agités, ils sont respectueux de l’enseignant et appliqués. Ils ont en effet plutôt intérêt à bien travailler, la plupart affirmant vouloir devenir médecin ou avocat, et même, pour les plus ambitieux, les 2 à la fois ! Une innocence très amusante mais surtout une ambition touchante car, bien que le chemin soit long, devenue envisageable grâce à A.P.R.E.S. Ils ont une méthode d’apprentissage assez particulière que l’on retrouve dans toutes les classes qui consiste à réciter tout par cœur et en chœur d’une façon qui se veut mélodique mais qu’ils aiment en réalité transformer en cris. Cela leur permet d’apprendre tout en se dépensant et en restant captivés. C’est plutôt amusant et à vrai dire assez incroyable à entendre.



Ils font avec peu : ils n’ont que quelques petits cahiers qui servent uniquement à prendre les leçons mais des tableaux recouvrent tous les murs de la salle ce qui leur permet de réaliser les divers exercices et d’écrire ce qu’ils souhaitent de manière générale. A l’image des ballons et des frisbees, l’utilisation des deux stylos et du crayon de papier qui leur ont été donnés pour l’année les met en joie. Ne parlons même pas du moment où il leur est permis de tailler leur crayon avec le taille-crayon de la classe, quelle fierté !


Tout en menant à bien leurs sérieuses activités, ces enfants veulent partager avec nous : ils sont fiers de pouvoir discuter avec nous en  anglais, pour les plus jeunes simplement nous donner leur nom et demander le nôtre, et veulent qu’on soit fiers d’eux nous aussi.



Il est hors de question que nous restions simplement en retrait à les regarder même quelques instants, ils savent venir nous chercher pour nous assoir à côté d’eux sur le banc de la classe ou par terre devant les tableaux au mur lors d’un moment plus libre. Ainsi, nous n’échappons pas à la récitation des derniers mots de vocabulaire ni au concours de dessin. A l’extérieur, nous participons sans relâche aux divers jeux jusqu’à faire une descente de toboggan… pas toujours facile de suivre le rythme de ces enfants pleins de vie !

Nous rentrons, avec certitude, grandis par tout ce qu’ils nous ont fait partager et au moins aussi heureux de leur avoir donné en retour, d’avoir pu notamment apporter un peu de cette France, cette Europe qui leur est inconnue au sein de cette école. Nous avons pu leur parler, leur montrer par divers supports nos paysages, nos spécialités, échanger une partie de nos connaissances, de notre culture, de ces  petites choses anodines auxquelles on ne pense pas mais qui rendent la vie plus simple, plus agréable.  Quand ils nous apprenaient à faire un tour de magie à partir d’un seul petit fil, nous leur apprenions à refaire fonctionner un stylo en écrivant sous notre semelle de chaussure.


Et c’est ainsi que jour après jour, nous grandissions ensemble. Ce qui sans aucun doute ne quittera pas l’enceinte d’A.P.R.E.S School concerne bien, vous vous en doutez, les jeux que nous leur avons appris. Assez variés, ils vont du simple « 1 2 3 soleil » lors de la récréation avec les plus petits au maintenant très célèbre « morpion ». Plus pédagogique, nous avons fait de très nombreuses parties du jeu appelé chez nous « pendu » mais réadapté avec un simple comptage des points. Le but est de trouver le mot caché derrière des tirets, jeu très apprécié par tous, les plus petits comme les plus grands ! Quel bonheur d’animer quelques parties avec la classe entière divisée en deux équipes, ni l’une ni l’autre n’envisageant de perdre ! Mais le plus grand bonheur se vit en réalité à la fin de la partie, quand malgré l’insistance des enfants qui demandent une énième partie (ils ont une motivation et une énergie sans faille) nous décidons d’arrêter et qu’à la seconde d’après, une dizaine de parties de « pendu » se met en place partout dans la salle de classe.


C’est à ce moment qu’on sait, que de la même manière qu’ils nous ont apporté, on leur a apporté, on leur apporte encore et notre venue leur apportera, par ces petites choses, encore longtemps.


Puis, il est temps de rentrer. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Comme vous avez pu le sentir à la lecture de ces lignes, ces enfants méritent de recevoir la meilleure éducation possible. D’une part, continuer à vivre comme ils vivent, en mangeant à leur faim et en recevant un enseignement avec un minimum de moyens. Puis, viennent les projets, les améliorations, les rêves. Tout d’abord, les petits projets du quotidien : plus de matériel pour jouer, pour apprendre, pourquoi pas une alimentation plus variée… Et les plus gros projets : la construction d’un mur tout autour de l’enceinte, l’agrandissement du potager, la construction d’une nouvelle cuisine à l’extérieur ainsi que de nouvelles salles de classe pour les plus grands...



Des milliers de kilomètres n’empêchent en rien d’agir pour eux, d’agir pour réaliser les rêves de ces enfants guidés par Alice et Maran.


Victoria Lebrun et Brice Renaudin

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