Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante. En 2018, un centre d'hébergement pour enfants de gitans, APRES School, est intégré à Vudhavi Karangal.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

lundi 28 mai 2018

Pondichéry - février 2018

6 février 2018 - La dernière vision que nous avons de la France est celle d'une mince couche de neige sur le tarmac de Roissy. Dans quelques jours le pays sera paralysé par les intempéries. Huit heures de vol sans histoire et nous sommes en Inde. La chaleur et l'humidité nous saisissent à notre sortie de l'aéroport de Chennai. Nous arrivons à Pondichéry au petit matin.
Ici, rien ou presque n'a changé. Des hôtels de charme, guesthouse, boutiques colonisent de plus en plus la ville. Dans la ville blanche, ancien quartier de résidence des français, les échafaudages pullulent. Les vénérables maisons de cet ancien petit bout de France se restaurent sous l'impulsion de plusieurs associations comme "Les Amis du Patrimoine Pondichérien" (Association pour la sauvegarde de Pondichéry et du patrimoine français en Inde), l'organisme semi-gouvernemental indien INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage), etc. Depuis une dizaine d'années, ce sont près de 1200 bâtiments qui ont été reconnus comme faisant partie du patrimoine pondichérien. L'ancien hôtel de ville, tombé de vieillesse en novembre 2014 est en cours de reconstruction sur le front de mer ; de même, on restaure l'ancien tribunal d'appel de la ville française.

Intérieur de Notre-Dame des Anges, église récemment restaurée dans la ville blanche
En effet, ce petit territoire d'environ 1 million d'habitants dont un dixième habite la cité historique est devenu une destination touristique particulière en Inde. Si les touristes occidentaux y viennent en résidence pendant les mois d'hiver, on y rencontre de plus en plus d'indiens qui y trouvent une atmosphère quasi exotique pour eux.

Touristes du Rajasthan le long du front de mer de Pondichéry
La vieille ville est un ovale posé le long de la baie du Bengale, quadrillée par des rues orientées nord-sud et est-ouest.


Le long de la mer, la ville blanche cache ses grandes maisons abritées derrière de hauts murs d'où s'échappent des exubérantes grappes d'hibiscus. Les rues ont souvent gardé leur nom français.



Ensuite un canal où coule un très mince filet d'eau sale sépare ce quartier de la ville noire autrefois habitée par les indiens. Là encore, l'INTACH intervient pour maintenir et restaurer les magnifiques maisons tamoules. Dans une succession de cours intérieures, la vie de la famille s'organisait. Des petits auvents bas donnant sur la rue étaient les lieux de rencontres et d'échanges entre les habitants. Ces rues étaient autrefois appelées "rues de la conversation", illustrant cet art tout pondichérien d'interpeler le passant pour parler de tout et de rien et donner à ces rues une musique unique produite par les accents roulant, chantant du sud de l'Inde. Le canal n'a jamais été une frontière stricte et les habitants de Pondichéry, quelque soit leur origine ont toujours parcouru indifféremment les rues des deux quartiers selon leurs besoins.
Les traces françaises sont encore légions.



Premières déambulations dans la ville au petit matin. Les chiens font preuve d'une certaine nonchalance dans leur mission de gardiennage. 
Le marchand de jouets termine sa nuit, une kalachnikov fluo sur les genoux.


Les gitanes sont déjà en place et déploient un charme énergique pour nous vendre leur production de petites pochettes colorées qui feront en France de chatoyants et originaux emballages pour les cadeaux.


Devant l'école des Sœurs de Cluny, motos et rickshaws débarquent les enfants. L'éducation est un challenge important pour l'Inde.


L'objectif est que le taux d'analphabétisme tombe proche de zéro chez les enfants (voir sur ce blog l'article "Éducation en Inde -la situation à VUDHAVI KARANGAL"). Pondichéry compte beaucoup d'écoles, en particulier d'écoles privées, souvent héritées de l'occupation française. Le début et la fin des cours occasionnent un trafic incroyable dans les rues de la ville.


À Pondichéry, actuellement, les vélos, qui étaient une identité de la ville, se font rares. Les cyclo-pousse dont la clientèle s'était étiolée au profit de moyens de transport motorisés, bruyants et polluants, ont retrouvé une nouvelle vie. En effet, depuis quelques années, ils sont utilisés pour faire découvrir la ville blanche aux touristes des voyages organisés. Promenade douce et silencieuse au milieu des anciennes maisons coloniales.


Motos et voitures envahissent la ville, sinuant dans d'étourdissants slaloms et jouant du klaxon avec énergie et persévérance. Traverser une rue s'avère toujours une expérience éprouvante qui demande aux piétons des réflexes affutés. Parcourir la ville en rickshaw, sur le siège arrière d'une moto ou dans un taxi apporte des sensations que nombre de manèges occidentaux seraient ravis de fournir. En Inde, quand vous partez en voiture, on vous souhaite bon voyage en citant le dicton : good brakes, good horn, good driver, good luck (bons freins, bon klaxon, bon chauffeur, bonne chance). À de nombreux coins de rues, les chauffeurs sont invités courtoisement à la civilité et à la prudence.






De retour de ses vacances à la montagne, Lakshmi, l'éléphant sacré du temple Manakula Vinayagar, fait son petit tour quotidien dans la grande salle au milieu des pèlerins.


Plus loin, c'est la bénédiction des motos et voitures nouvellement acquises. D'année en année, les candidats à ce rituel augmentent. Et maintenant, c'est sur une longue file obstruant la route longeant le temple, que les véhicules attendent patiemment leur tour. Lampes à huiles, noix de coco, encens, fleurs, ... le brahmane officie. Et l'heureux propriétaire peut repartir serein ...



En fin de journée, la traditionnelle promenade en bord de mer, le long de l'avenue Goubert, vidée de ses voitures, apporte une fraîcheur bienfaisante. Des indiens arpentent la rue d'une démarche rapide et ferme, accomplissant ainsi leur rituel sportif du soir. D'autres déambulent nonchalamment. Les saris font assaut de couleurs.
Ce soir, de joyeux flonflons attirent la foule prés de la statue de Gandhi. La fanfare locale se produit sur le remblai. Trompettes, trombones et hélicons rivalisent avec grosses caisses et cymbales avec entrain et bonne humeur.


Les enfants jouent. C'est l'heure du repos avant de retrouver la chaleur des maisons. La nuit va tomber sur la côte de Coromandel.


Françoise Simonot-Lion et Matthieu de Lamarzelle

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