Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

mercredi 10 février 2016

Mais où est donc passée Lakshmi ?

Lakshmi est l’éléphante du temple Manakula Vinayagar de Pondichéry. Tous les jours, ponctuellement, à 5 heures de l’après-midi, elle sort de sa sieste et arrive, d’un pas royal, afin de prendre place devant l’entrée du temple pour le bonheur des dévots aussi bien que des touristes. Elle reçoit, d’une trompe digne les offrandes (bananes, herbes, roupies), puis d’un mouvement gracieux, enfourne herbes et bananes dans sa gueule ou dépose les roupies dans la main de son mahout. Enfin, avec une certaine componction, elle pose sa trompe, bénédiction suprême, sur la tête du généreux donateur. Oui, je l’avoue, j’aime les éléphants, ces grosses bêtes grises aux petits yeux brillants ; j’aime Lakshmi. Je lui confie toutes mes pièces de une ou deux roupies et à chaque fois,  sans se lasser,  elle me fait la grâce de me bénir d’un coup de trompe gracieux, léger mais néanmoins ferme. Cette année encore, dès mon arrivée, je cours au temple et, là, surprise, point de Lakshmi. Serait-elle en retard ? ou pire, serait-elle malade ? ça lui est déjà arrivé. J’imagine le pire …


Lakshmi, c’est une célébrité à Pondichéry ; ici, tous les jours, on la
décore, on la fait belle, on lui met des bijoux ; le jour de l’indépendance, elle arbore, en guise de maquillage, un drapeau indien peint sur son front. Où est-elle donc passée ?
J’interroge fébrilement des Pondichériens. Et bien, figurez-vous, que Lakshmi est en vacances. Elle le mérite, certes, mais je trouve un peu léger qu’elle l’ait fait alors que j’avais, moi, parcouru près de 10 000 km pour la voir. Lakshmi est en vadrouille donc. Elle est partie retrouver tous ses copains et copines éléphants sacrés des temples du Tamil Nadu, dans un camp de vacances au milieu d’une forêt kéralaise pour une cure de remise en forme. Ils sont tous là-bas avec un pro-gramme d’enfer. Loin de la pollution de la ville, ils se ressourcent. Et, comme dans toute bonne cure, on leur fait un check-up médical. Ils ont droit à une nourriture équilibrée.

Maintenant, c’est menus diététiques et horaires de repas réguliers. Terminé, le grignotage de bananes à toute heure du jour ! Le matin, c’est école pour étudier les nouveautés du métier d’éléphant de temple : prise en trompe des pièces de 5 roupies, apprentissage des langues étrangères pour servir une clientèle de touristes venant du monde entier, remise en mémoire des Dieux de l’Inde, etc. L’après-midi est consacré au sport. Après toute une année à rester sagement immobile devant un temple, ils ont bien besoin de dérouiller leurs articulations et de se refaire de fermes muscles d’éléphants. Et là, ils enchaînent les exercices : extension de la trompe, équilibre sur une jambe, battement des oreilles en rythme, ... Fin de journée, c’est la fête : promenades dans la forêt, chorales de barrissement le soir autour d’un feu de bois, ébauche d’un flirt timide le temps d’un slow … C’est sûr, ce mois va passer très vite mais laissera à tous de merveilleux souvenirs et ils pourront se repasser le film dans leur tête tout au long de cette nouvelle année de service devant les temples.

Françoise Simonot-Lion